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JANVIER
« Mieux vaut chien enragé que soleil en janvier»,assure le dicton. Voici donc le mois le plus gelé de l'an où la clarté du jour, même si celui-ci avance du pas d'un roi, ne progresse que trop lentement au goût du jardinier.
Janvier le frileux est aussi le mois aux deux visages : sec ou pluvieux, chaud ou froid, et au jardin les couleurs font toutes la grise mine. C'est pourtant le mois où les druides cueillaient le gui sur les chênes, célébraient le retour du jour, et où la nouvelle lune s'inscrit « comme une faucille d'or dans le champ des étoiles ». Janvier marque dans sa seconde quinzaine le réveil — timide — du jardin. Soyez attentif à vos terres labourées brisées par le gel, taillez les arbres fruitiers, traitez-les, montez les premières couches chaudes pour les semis primeurs de laitues et de carottes. Préparez vos terrines à bégonias ainsi que celles qui vont permettre les premiers semis de toutes ces fleurs à végétation lente, qui cet été illumineront votre jardin.
Janvier c'est enfin le mois qui nous paraît le plus long à traverser... Et pourtant que de choses il nous permet d'entreprendre ! N'est-il pas le mois des bonnes résolutions ?
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FÉVRIER
En février le bon jardinier ne dort que d'un oeil. Pensez donc, un mois capable en une seule journée de faire fleurir le mimosa... et de le geler!
Même les fleurs ne s'y fient pas et outre l'anémone, cette fille des vents et des froids, et le crocus hardi, il en est une autre qui a pris la précaution de se faire appeler perce-neige. C'est tout dire sur ce mois le plus court et le plus discourtois, capable de changer de visage sept fois par jour et qui reste là accroché de guingois dans le calendrier entre janvier le majestueux et mars l'alchimiste, avec même parfois un 29e jour que partout on considère comme un jour de malheur. Bien sûr, « neige de février vaut jus de fumier », « A la Chandeleur, à ta charrue laboureur », le temps des veillées d'hiver est terminé et la fileuse remplace sa quenouille par la bêche dans le petit jardin devant la maison. « C'est en février que l'hiver montre une dernière fois son cul », disait plaisamment mon grand-père, et il ajoutait : « N'hésite pas à lui donner un bon coup de sabot où je pense. » Qu'il avait raison ! Février c'est le temps des labours encore à grosses mottes, des apports de fumier et d'engrais. Allons, remuez-vous, brassez cette terre dont les vents retroussent la cotte blanche comme à une jolie fille; en ce mois où le temps se retourne comme une crêpe de Chandeleur le jardinier, même le plus justement méfiant, ne doit pas rester les deux pieds dans le même sabot.

MARS
« Mars qui rit malgré les averses... » Comme si nous ne savions pas qu'il préparait en secret le printemps ! C'est le mois des remue-ménage au jardin. L'air s'emplit d'effluves mystérieux qui vous font tourner la tête, l'écorce mouillée des arbres, les premières pousses vertes, les folles fleurs marsières... tout ce petit monde cligne de l'ail, vous appelle en gémissant, criant, riant, chantant.
Mais au jardin c'est à la fois le retour de la couleur, et un air empli de bruits de toutes sortes.
Mars c'est le mois bruyant dont le réveil sonne dans une assiette pleine de gros sous. C'est l'heure de se lever pourtant, même si dans votre jardin un dernier hiver têtu s'obstine à dormir, son drap de neige remonté jusqu'au nez. Que dire alors de ce fou d'amandier qui lance comme un défi, chaque année au 21 mars, ses fleurs vers le ciel, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il fasse beau! Pour quelles récoltes illusoires ? Quelles batailles secrètes ? L'amandier étourdi est toujours là, au rendez-vous du printemps, et cela suffit à son bonheur... et à nous donner la fièvre verte, la meilleure. Une fièvre qui ne s'éteindra qu'avec l'automne et qui nous réserve encore bien des surprises.
Mars dans le jardin c'est le commencement du commencement.


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